Budget libanais 2026 : un équilibre apparent qui occulte la dette en devises

Le projet de loi de finances pour l'année 2026, signé et transmis au Parlement par le président Joseph Aoun le 2 octobre 2025, présente un budget total de 505 720 milliards de livres libanaises. Le document révèle les priorités d'un État contraint de jongler entre la relance de services publics affaiblis et la gestion d'une dette souveraine en défaut depuis 2020.

La Commission des finances a depuis apporté des modifications substantielles au texte initial, supprimant certaines mesures fiscales et renforçant plusieurs enveloppes sociales et sécuritaires.

Un budget équilibré... sur le papier

Sur le papier, les comptes sont en ordre : le budget prévoit 505 720 milliards de livres de recettes pour couvrir exactement la même somme en dépenses. Déficit zéro, donc. Sauf que cette présentation cache une réalité moins reluisante.

Le document d'accompagnement du ministère des Finances l'indique noir sur blanc : les intérêts sur les bons du Trésor en dollars ne sont tout simplement pas comptés. Pourquoi ? Parce que le Liban a cessé de les payer depuis 2020.

Concrètement, le budget affiche un équilibre en faisant comme si une partie de la dette n'existait pas. Le service de la dette effectivement inscrit se limite à 25 931 milliards de livres, soit environ 5% des dépenses. C'est ce qu'on appelle un «excédent primaire» : si on enlève le remboursement de la dette, l'État dégagerait théoriquement un surplus.

L'essentiel du budget part dans les charges courantes

Neuf livres sur dix du budget sont consacrées au fonctionnement : salaires, prestations sociales, factures. Il ne reste que 11% pour les investissements.

L'Éducation obtient 1 500 milliards pour le fonds des enseignants et 1 464 milliards pour la gratuité en maternelle et au primaire. L'Université libanaise reçoit 961 milliards pour ses arriérés. Les Affaires sociales voient leur budget bondir de 4 500 milliards entre 2025 et 2026, avec des crédits pour régler sept mois de salaires impayés dans les centres de soins.

La Santé constitue le grand bénéficiaire : la Commission des finances a ajouté 4 500 milliards au projet gouvernemental initial. L'armée et les forces de sécurité sont renforcées pour couvrir le déploiement au Sud. La Défense civile reçoit 1 000 milliards supplémentaires. Le budget intègre aussi le coût des élections législatives de 2026, les premières depuis 2018.

Les grands projets : report et financement sélectif

Pour beaucoup de projets d'infrastructure, les versements prévus en 2026 sont réduits à zéro. Les engagements glissent vers 2027-2030, officiellement pour «tenir compte de la dépréciation de la livre». Traduction : les caisses sont vides.

Mais certains chantiers échappent au gel. La Commission des finances prévoit des crédits pour l'autoroute de Jounieh, l'autoroute arabe et le renforcement des infrastructures régionales (Nord, Bekaa, Baalbeck-Hermel, Nabatiyé, Akkar). L'Environnement reçoit 386 milliards pour la gestion des déchets avec les municipalités.

Recettes : un bras de fer fiscal

L'État mise sur 416 145 milliards de livres de recettes fiscales (82% du total). La TVA et les taxes indirectes représentent plus de la moitié (52,76%), un choix régressif qui pèse davantage sur les ménages modestes.

Le projet gouvernemental prévoyait de nouvelles mesures fiscales : obligations de déclaration des bénéficiaires effectifs, encadrement des pénalités, ajustements TVA. Mais la Commission des finances les a supprimées. Les hausses seront limitées aux ajustements de change, sans nouveaux prélèvements.

Côté tarifs administratifs, les augmentations passent : un passeport coûtera 6 millions de livres (5 ans) ou 10 millions (10 ans). La Commission suspend aussi certains contrats coûteux, comme celui du bâtiment de l'Escwa (300 milliards/an), et gèle les dépenses d'institutions inactives. Un audit des contributions aux ONG est prévu. En parallèle, les organismes de contrôle (Inspection générale, autorité anti-corruption, Conseil constitutionnel) voient leurs moyens renforcés.

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