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- À Khartoum, un hôpital renaît des ruines de la guerre
L'équipe de l'hôpital de Bahri, au nord de Khartoum, rayonne: cet établissement réputé a reçu ses premiers patients cette semaine, après avoir été détruit et pillé par les paramilitaires, depuis chassés de la capitale soudanaise.
«Nous n'aurions jamais imaginé que l'hôpital rouvrirait. Si vous l'aviez vu avant sa rénovation, il était complètement détruit, il ne restait rien», s'exclame le médecin Ali Mohamed Ali, «absolument ravi» de retrouver son service de chirurgie, après quasiment trois ans d'absence.
«On est reparti de zéro», dit ce professionnel, de retour après s'être réfugié dans le nord du pays, où il a travaillé dans un camp médical de fortune, «sans gants, sans instruments et sans désinfectant».
La guerre sanglante de pouvoir entre les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) et l'armée régulière a ravagé le pays et mis à l'arrêt plus des deux-tiers des établissements de santé du Soudan, qui enregistre «la plus forte proportion mondiale de décès liés aux attaques visant le secteur de la santé», selon l'OMS.
L'armée a repris la capitale au printemps 2025 et, avec le retour progressif du gouvernement depuis mi-janvier, la ville dévastée commence à se reconstruire.
Une quarantaine des 120 hôpitaux privés et publics de Khartoum fermés pendant la guerre ont déjà repris leurs activités, estime le Réseau des docteurs du Soudan.
L'hôpital de Bahri - ville jumelle de la capitale administrative -, qui accueillait environ 800 patients par jour dans ses urgences, a subi attaques et pillages, selon Galal Mostafa, le directeur général. «Tout l'équipement a été volé» et les destructions ont affecté 70% de ses installations, notamment le système électrique indispensable pour les équipements médicaux, décrit-il.
«Heureusement, nous avons reçu deux nouveaux transformateurs avant-hier», détaille Salah El Haj, le PDG de l'établissement, un des plus anciens du pays.
Pendant les cinq premiers jours des combats, cet homme affable est resté bloqué dans une des ailes de l'hôpital.
«Nous ne pouvions pas sortir à cause des tirs nourris. Toute personne qui mettait le pied dehors était appréhendée et battue par la milice», se souvient-il.
«Mieux qu'avant la guerre»
Malgré tout, des transferts vers des hôpitaux situés de l'autre côté du Nil, plus loin des combats, ont pu être organisés: «les véhicules devaient prendre des itinéraires très compliqués pour évacuer les patients en toute sécurité, en évitant les obus et les balles».
Le docteur Ali, lui, a été arrêté par les FSR, alors qu'il se rendait à l'hôpital le 15 avril 2023 au matin, quand les premiers tirs résonnaient dans la capitale.
Il a été détenu pendant deux semaines à Soba, une prison locale des paramilitaires à la sinistre réputation. «Quand je suis sorti, le pays était en ruine, les hôpitaux pulvérisés, les rues dévastées, les maisons ravagées, les voitures volées... il ne restait rien», raconte-t-il.
Dans la cour de l'hôpital, qui était il y a peu encore couverte de débris et d'herbes folles, des taxis déposent les premiers patients près d'ambulances flambant neuves.
Une odeur de peinture flotte dans le bâtiment rénové et rééquipé avec l'aide de l'Association américaine des praticiens soudanais (SAPA) et du fonds Islamic relief USA - pour une enveloppe de plus de 2 millions de dollars.
Tout le personnel, médecins, infirmières, administratifs, s'est mobilisé dès que la réouverture a été annoncée.
«Maintenant, c'est bien mieux qu'avant la guerre, autrefois ce n'était pas aussi propre, on manquait de lits, parfois les patients dormaient par terre», confie Hassan Alsahir, 25 ans, interne aux urgences.
Équipés à neuf, les urgences, les services de chirurgie, d'obstétrique et de gynécologie ont rouvert.
Le premier patient transféré depuis la région voisine du Kordofan, toujours en guerre, a été opéré le jour de l'ouverture. «Et tout s'est bien passé», se félicite le docteur Ali.
Mais dans un contexte de crise économique et de flambée des prix, la question des salaires et des frais de fonctionnement se pose cruellement: «on risque de ne pas pouvoir faire face», craint le chef de l'hôpital.
Par Sophie PONS/AFP
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