Le Venezuela compte ouvrir complètement l'exploitation pétrolière au secteur privé, selon un projet de loi examiné jeudi à l'Assemblée nationale, sur fond de réchauffement avec les États-Unis qui ont nommé jeudi une nouvelle chargée d'affaires pour le Venezuela.
L'exploitation pétrolière était jusqu'ici l'apanage de l'État ou d'entreprises mixtes dans lesquelles l'État détenait la majorité. Le projet de loi, examiné en première lecture jeudi, prévoit que «des entreprises privées domiciliées en République bolivarienne du Venezuela» pourront exploiter le pétrole après avoir signé des contrats.
«Cela change totalement la donne. Cela entérine la participation du secteur privé à ces activités pétrolières», a expliqué à l'AFP Dolores Dobarro, ex-vice-ministre du Pétrole et experte en législation pétrolière.
Le projet de loi devrait être adopté dans les prochains jours, le pouvoir ayant la majorité absolue à l'Assemblée après le boycott des législatives par la grande majorité de l'opposition en 2025.
Cette réforme apparaît comme un nouveau pas vers une normalisation des relations rompues en 2019, trois semaines après la capture du président Nicolas Maduro lors d'une spectaculaire intervention militaire au cœur de Caracas et la désignation de Delcy Rodriguez comme présidente par intérim.
Mme Rodriguez a depuis offert des gages de coopération au président américain Donald Trump qui ne fait pas mystère de son intérêt pour le pétrole du Venezuela, pays qui dispose des plus grandes réserves d'or noir de la planète.
La réforme de la loi sur le pétrole était un souhait des compagnies américaines, désireuses de voir leurs éventuels investissements protégés, selon des analystes.
«Dialogue»
Les Etats-Unis ont eux nommé comme chargée d'affaires Laura F. Dogu, ancienne ambassadrice au Nicaragua, pays dirigé par le leader d'inspiration socialiste Daniel Ortega, proche allié du pouvoir vénézuélien.
Les deux pays ont reconnu avoir eu des discussions sur la reprise des relations après la chute de Maduro. La Maison-Blanche a d'ailleurs annoncé vouloir inviter Mme Rodriguez à Washington.
Le chargé d'affaires est celui qui dirige une mission diplomatique en absence d'ambassadeur, notamment quand les relations sont rompues.
Mme Dogu, qui s'installera dans l'immédiat à Bogota, remplace John McNamara, qui occupait ce poste depuis le 1er février 2025. M. McNamara ainsi que d'autres diplomates se sont rendus à Caracas le 9 janvier «pour effectuer un premier diagnostic en vue d'une reprise progressive des opérations», avait confié une source diplomatique.
«Nous sommes dans un processus de dialogue, de travail avec les États-Unis, sans aucune crainte», a déclaré mercredi Delcy Rodriguez.
La présidente par intérim, qui semble affermir son pouvoir, a réorganisé mercredi soir l'appareil militaire, procédant à douze nominations d'officiers à la tête de régions militaires.
Elle a aussi évincé des proches de Maduro du gouvernement et procédé à des nominations au sein du gouvernement.
Mercredi, Trump a déclaré au Forum de Davos que «les dirigeants du pays ont été très, très malins», en référence à Mme Rodriguez, qui est toujours sous le coup de sanctions de Washington, notamment le gel de ses avoirs.
Le Guardian assure jeudi que les États-Unis négociaient secrètement avec Mme Rodriguez depuis des mois. Citant une source américaine, le journal a indiqué qu'en décembre elle avait convenu que Maduro devait partir. Un article taxé de «faux» par les autorités vénézuéliennes.
Libération
La nouvelle présidente, dont l'intérim selon la Constitution peut durer six mois avant de nouvelles élections, avait aussi promis la libération de prisonniers politiques. Ces libérations s'opèrent au compte-gouttes avec moins de 200 remises en liberté sur quelque 800 prisonniers politiques, selon l'ONG Foro Penal.
Un des détenus les plus célèbres, Rafael Tudares Bracho, est sorti de prison dans la nuit de mercredi à jeudi. Il s'agit du gendre d'Edmundo Gonzalez Urrutia, le candidat d'opposition qui revendique la victoire à la présidentielle de 2024 contre le président aujourd'hui déchu Nicolas Maduro.
Arrêté en janvier 2025, M. Tudares avait été condamné à 30 ans de prison pour terrorisme. Selon ses proches, il ne faisait pas de politique et a été victime des «représailles» du pouvoir contre M. Gonzalez Urrutia, exilé en Espagne.
L'opposition vénézuélienne, qui a accusé le pouvoir de fraude, assure qu'Edmundo Gonzalez Urrutia, lequel avait remplacé au pied levé Maria Corina Machado, déclarée inéligible, a remporté le scrutin de juillet 2024.
Jeudi, il s'est félicité de la libération sur X tout en soulignant que «la libération de Rafael n'efface pas ce qui s'est passé. Elle renforce, au contraire, une exigence qui reste pleinement d'actualité : la liberté pour toutes les personnes injustement détenues».
De nombreuses figures, comme les opposants Juan Pablo Guanipa et Freddy Superlano ou l'activiste Javier Tarazona, restent écroués.
Par Andrea TOSTA / AFP



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