Groenland : entre désescalade américaine et lignes rouges européennes
Une personne se tient sur le rivage et observe le soleil se coucher sur la mer à Nuuk, au Groenland, le 21 janvier 2026. ©Photo by JONATHAN NACKSTRAND / AFP

Après plusieurs semaines de tensions inédites entre Washington et ses alliés européens, le dossier du Groenland semble entrer dans une nouvelle phase. Le président américain Donald Trump a annoncé, en marge du Forum économique mondial de Davos, l’existence d’un «cadre pour un futur accord» concernant le territoire arctique, à l’issue d’une rencontre avec le secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte. Une déclaration qui a suscité à la fois soulagement prudent et profonde méfiance dans les capitales européennes.

Un revirement américain inattendu

Selon le Financial Times et le Guardian, Donald Trump a simultanément renoncé à sa menace d’imposer des droits de douane à plusieurs pays européens – dont le Danemark, le Royaume-Uni et la Norvège – qui s’opposaient à ses ambitions sur le Groenland. Cette volte-face est intervenue après des propos du président américain, qui avaient conduit l’Union européenne à convoquer une réunion d’urgence à Bruxelles pour élaborer une réponse commune.

Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a affirmé qu’un «cadre d’accord futur» avait été défini non seulement sur le Groenland, mais plus largement sur l’ensemble de la région arctique. Il a ajouté que, sur cette base, les sanctions économiques prévues début février ne seraient pas appliquées.

Le Danemark ferme sur la souveraineté

À Copenhague, la réaction est restée mesurée. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a insisté sur le caractère non négociable de la souveraineté du Groenland. «Nous pouvons discuter de tout ce qui est politique – sécurité, investissements, économie – mais pas de notre souveraineté», a-t-elle déclaré jeudi.

Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a également salué l’abandon des menaces américaines, tout en rappelant une «ligne rouge» claire : «Il n’est pas question que les États-Unis possèdent le Groenland». Il a toutefois indiqué que le Danemark était prêt à engager des discussions sur les préoccupations sécuritaires américaines dans l’Arctique.

L’Otan au cœur des discussions

Selon l’Otan, des négociations trilatérales entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis devraient se poursuivre afin d’empêcher toute implantation économique ou militaire de la Russie ou de la Chine sur l’île. La porte-parole de l’Alliance, citée par Reuters, a souligné l’«importance stratégique croissante de l’Arctique».

Mark Rutte, pour sa part, a précisé qu’il n’avait pas discuté de la souveraineté danoise avec Donald Trump, se concentrant uniquement sur les enjeux de sécurité régionale. Il a néanmoins évoqué la nécessité pour les alliés de renforcer leur présence militaire et leur coopération dans l’Arctique, un effort qui pourrait se concrétiser dès 2026.

L’inquiétude des Européens et des Groenlandais

Malgré cette apparente désescalade, plusieurs responsables européens restent sceptiques quant à la fiabilité de la position américaine. «Il peut changer d’avis du jour au lendemain», confie un diplomate européen au Financial Times, redoutant une reprise des pressions économiques ou même militaires.

Du côté groenlandais, les élus ont exprimé leur malaise face à des discussions perçues comme se déroulant sans eux. Aaja Chemnitz, députée groenlandaise au Parlement danois, a déclaré que «rien ne doit être négocié sur le Groenland sans le Groenland», rappelant le droit du territoire à l’autodétermination.

Des scénarios encore flous

Selon le New York Times, des options non officielles auraient circulé à Washington, évoquant la possibilité d’accorder aux États-Unis un contrôle souverain limité sur certaines zones destinées à des bases militaires, sur le modèle britannique à Chypre. Une hypothèse fermement rejetée par le Danemark et le Groenland.

La cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, a pour sa part appelé à des discussions «pragmatiques» axées sur la sécurité, tout en garantissant le respect total de la souveraineté groenlandaise. Londres pousse notamment pour la création d’une mission de surveillance renforcée dans l’Arctique, inspirée des dispositifs de l’Otan en mer Baltique.

Une crise révélatrice

Au-delà du Groenland, cet épisode met en lumière la fragilité actuelle des relations transatlantiques. Si Donald Trump semble avoir opté pour une approche plus diplomatique, les Européens redoutent que cette flexibilité apparente ne masque une stratégie visant à exploiter les divisions internes de l’Union.

Comme le résume un responsable norvégien cité par Reuters : «L’Arctique devient un nouveau centre de gravité stratégique. La question n’est pas seulement le Groenland, mais la capacité de l’OTAN et de l’Europe à parler d’une seule voix face aux grandes puissances.»

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