Le mécanisme du cessez-le-feu face aux enjeux politiques et sécuritaires
©Ici Beyrouth

C’est dans un contexte régional particulièrement tendu et instable que la réunion du mécanisme chargé de superviser le cessez-le-feu au Liban-Sud, initialement prévue pour le 14 janvier dernier, a été reportée à une date ultérieure indéterminée. Ce report n’est pas un simple contretemps technique : il traduit au contraire l’ampleur des défis politiques, sécuritaires et stratégiques auxquels ce mécanisme est désormais confronté ainsi que les profondes divergences entre les parties concernées quant à sa mission, à son rôle et à son avenir.

Divergences entre le Liban et Israël

Selon plusieurs sources concordantes, la délégation libanaise aurait insisté pour que les progrès réalisés par l’armée libanaise dans la première phase du processus de désarmement soient officiellement reconnus et reflétés dans un communiqué du mécanisme. Ces efforts, menés dans un contexte particulièrement délicat, visaient à démontrer l’engagement de l’État libanais à respecter ses obligations dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu et à renforcer son autorité sur le terrain.

En revanche, la partie israélienne aurait conditionné toute avancée à l’obtention de garanties supplémentaires, allant bien au-delà du cadre strictement militaire. Elle aurait notamment demandé l’élargissement des discussions à des dossiers politiques, sécuritaires et économiques, ce qui impliquerait de facto une transformation en profondeur du mécanisme existant. Une telle évolution supposerait un remaniement de la composition de la commission, avec la participation de responsables politiques et civils de haut rang, incluant une représentation ministérielle.

Ce glissement vers un cadre politico-sécuritaire plus large intervient alors même qu’Israël poursuit ses frappes contre des cibles au Liban-Sud, mettant ainsi en doute l’efficacité du mécanisme en place et son impact réel sur la situation sécuritaire sur le terrain.

Hezbollah et influence iranienne

Cependant, une vaste campagne médiatique a été lancée contre le président de la République à travers les médias traditionnels du Hezbollah et ses relais numériques, allant jusqu’à l’accuser de porter atteinte aux intérêts du Liban. Si cette réaction pouvait, pour certains, être interprétée comme une défense prévisible face à toute remise en question de son rôle, une nouvelle escalade a rapidement confirmé la profondeur du problème.

En effet, pour la première fois de manière aussi explicite et virulente, le Hezbollah et ses partisans ont directement attaqué le président Joseph Aoun. Cette offensive s’est manifestée non seulement dans les médias, mais aussi par des prémices de mobilisation sur le terrain, à la suite du discours prononcé par le chef de l’État devant le corps diplomatique. Dans cette allocution, le président avait réaffirmé sa détermination à restaurer la pleine souveraineté du Liban, à mettre un terme aux armes illégales et à garantir l’exercice exclusif de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

Ces développements confirment une réalité que beaucoup refusaient encore d’admettre ouvertement : le Hezbollah ne se considère pas tenu de s’aligner sur les priorités nationales libanaises. Il continue, sans ambiguïté, à servir les intérêts de la République islamique d’Iran, à laquelle il demeure totalement inféodé.

Or, l’Iran traverse actuellement une crise sans précédent, touchant à la fois sa sécurité interne, sa stabilité régionale et, potentiellement, la pérennité même de son régime. Le devenir de cette puissance régionale est aujourd’hui en jeu, et le Hezbollah semble résolu à maintenir son rôle d’acteur au service de cette dynamique, malgré les implications pour le Liban.

Blocage du processus de désarmement

Dans ce contexte, les déclarations répétées du Hezbollah affirmant qu’il n’est pas concerné par la deuxième phase du désarmement, au nord du Litani, prennent une dimension particulièrement inquiétante. Le plan relatif à cette phase doit prochainement être présenté par le commandement de l’armée libanaise.

Pourtant, tout indique que le parti n’a aucune intention de procéder à un désarmement, quelle que soit la région concernée ou la phase du processus. Cette position est maintenue au détriment direct de la sécurité des Libanais, notamment dans le Sud, que le Hezbollah prétend défendre.

Par ses agissements, le Hezbollah place le président de la République et le gouvernement dans une situation extrêmement délicate. Ces institutions tentent, par tous les moyens disponibles, de préserver la sécurité du pays, de restaurer la souveraineté de l’État et d’ouvrir la voie à un processus pouvant mener à une paix durable.

Une telle perspective est indispensable pour garantir le bien-être des citoyens, renouer avec la stabilité, relancer l’économie et permettre le retour des aides internationales et arabes, aujourd’hui indispensables à la survie du Liban.

Or, cet objectif demeure hors d’atteinte tant que des armes illégales subsistent en dehors du cadre étatique, et tant qu’une force armée parallèle continue d’opérer au service d’agendas étrangers.

Rôle central de l’armée libanaise

Les nouveaux rendez-vous accordés au Liban, et en particulier la visite prévue début février aux États-Unis du commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, ont été rendus possibles grâce aux avancées concrètes réalisées par l’institution militaire dans l’application du cessez-le-feu et le processus de désarmement.

Cette visite intervient après l’annulation d’un déplacement similaire prévu en décembre dernier et reflète la reconnaissance des efforts considérables déployés par l’armée libanaise sur le terrain, malgré un environnement politique et sécuritaire extrêmement complexe. Elle sera sans doute conditionnée par la capacité du général Haykal, à démontrer que l’institution poursuit de manière effective et continue ses efforts dans le processus de désarmement, une mission rendue d’autant plus délicate par les tensions et les obstacles persistants sur le terrain.

En définitive, la crise entourant le mécanisme de supervision du cessez-le-feu dépasse largement de simples divergences techniques ou procédurales. Elle révèle une confrontation profonde entre plusieurs visions du Liban: d’un côté, celle d’un État souverain, capable d’exercer pleinement son autorité et de défendre l’intérêt national ; de l’autre, celle d’acteurs alignés sur des agendas extérieurs, tandis qu’Israël cherche à garantir une sécurité durable et sûre de son territoire. La combinaison de ces dynamiques menace de plonger le pays dans une spirale d’instabilité aux conséquences incalculables.

Commentaires
  • Aucun commentaire