Les affrontements entre l'armée syrienne et les forces kurdes ces dernières semaines ont fait craindre le risque d’évasion massive d’anciens membres de l’État islamique du camp d’al-Hol. Ce camp surpeuplé est le plus grand du nord-est de la Syrie abritant les familles des jihadistes du groupe État islamique, qui avait un temps établi un «califat» à cheval entre l'Irak et la Syrie.
Longtemps administré par les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par les États-Unis, le camp a vu sa population grimper à plus de 70 000 résidents après la défaite du «califat» autoproclamé en mars 2019. Depuis, les effectifs ont nettement diminué, à mesure que certains pays ont procédé, lentement, au rapatriement de leurs ressortissants.
Selon les chiffres les plus récents, le camp d’al-Hol abrite aujourd’hui environ 24 000 personnes, dont près de 15 000 Syriens, environ 3 000 Irakiens et 6 300 femmes et enfants étrangers issus de 42 nationalités. Ces étrangers, ni Syriens ni Irakiens, sont majoritairement détenus dans une section distincte du camp, l’«annexe», placée sous haute sécurité.
Créé en 1991 pour accueillir les réfugiés irakiens fuyant la guerre du Golfe, le camp s’étend sur 320 hectares. Il avait atteint un pic de population en 2019, avec environ 73 000 résidents. À l’époque, les Irakiens constituaient la «nationalité dominante», leur nombre ayant dépassé les 30 000, selon Médecins sans frontières (MSF).
Les deux tiers des étrangers encore présents sont des enfants de moins de 17 ans, d’après l’administration du camp. De nombreux ressortissants européens ont par ailleurs été transférés vers le camp de Roj, plus petit et mieux entretenu, situé près de la frontière turque, qui accueille aujourd’hui environ 2 500 personnes, dont plus de 2 140 étrangers.
D’après la LBC, fin 2025 le camp comptait également onze Libanaises et plusieurs enfants libanais retenus depuis près de huit ans dans le camp. Ces femmes, originaires de Tripoli, du Akkar et de Minieh, étaient mariées à des membres de l'État islamique tués au combat en Syrie et en Irak.
Toujours selon la LBC, 13 détenus du même camp affirment être des membres libanais de l'EI, mais ne possèdent aucun document d'identité.
Retrait des FDS et inquiétudes sécuritaires
Les affrontements entre l’armée syrienne et les forces kurdes font planer le risque d’un affaiblissement du dispositif de sécurité autour des camps et prisons accueillant des membres de l’EI.
Mardi, les FDS ont annoncé avoir été contraintes de se retirer du camp d’al-Hol, afin de défendre d’autres zones sous leur contrôle menacées par l’avancée des forces gouvernementales. Les forces de sécurité syriennes s’y sont ensuite déployées, dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu prévoyant que les nouvelles autorités syriennes deviennent «responsables» des détenus de l’EI.
Lundi, les forces kurdes ont affirmé que l'une des prisons, celle de Chaddadi, avait été attaquée par les troupes gouvernementales, qui ont en retour accusé les FDS d'avoir libéré des détenus, affirmant ratisser les alentours pour capturer les évadés. De multiples rumeurs circulent sur la libération de plusieurs prisonniers sans qu’on puisse établir de manière fiable leur nombre réel. Les risques d’évasion inquiètent de nombreux observateurs qui soulignent la radicalité d’une grande partie des prisonniers de ces camps.
Selon des sources sécuritaires occidentales, même des libérations limitées pourraient renforcer les quelque 3 000 combattants de l’EI encore actifs en Syrie, sans pour autant permettre au groupe de reconstituer un califat territorial.
Cependant, le CENTCOM a déclaré dans un communiqué sur X avoir lancé ce mercredi une nouvelle mission de transfert des détenus de l’EI depuis le nord-est de la Syrie vers l’Irak. Le transfert, qui pourrait concerner jusqu’à 7 000 détenus au total, a commencé par le déplacement de 150 combattants de l’EI détenus dans la région de Hassakeh sans que leur lieu de détention ne soit précisé.
«La coordination étroite avec nos partenaires régionaux, y compris le gouvernement irakien, est essentielle pour assurer la défaite durable de l’EI. Faciliter le transfert ordonné et sécurisé des détenus est crucial pour prévenir toute évasion qui représenterait une menace directe pour les États-Unis et la sécurité régionale», a déclaré le commandant du CENTCOM, l’amiral Brad Cooper. Il est possible que plusieurs détenus du camp d’al-Hol soient concernés.
Supervision et conditions de vie
Jusqu’à récemment, les forces de sécurité kurdes et les FDS assuraient la garde du camp, tandis qu’une administration civile kurde était chargée de sa supervision. Des dizaines d’agences onusiennes et d’ONG internationales et locales y fournissaient des services de santé, d’eau, d’assainissement, d’éducation et de protection.
La gestion du camp était assurée par le groupe américain Blumont, principalement financé par le département d’État américain, avec une contribution du Quai d’Orsay pour l’aide humanitaire et l’amélioration des infrastructures.
Le camp est divisé en deux sections : le camp principal, où vivent Syriens et Irakiens, et l’«annexe» sous haute sécurité réservée aux étrangers. Les anciens responsables du camp estimaient que de nombreux étrangers n'avaient pas révélé leur nationalité ou en avaient donné une fausse.
Dans le camp principal, où vivent également plusieurs milliers d’hommes, des mariages précoces, parfois avec des filles âgées d’à peine 13 ans, continuent d’être signalés par des travailleurs humanitaires. Non reconnus, ces mariages ne sont pas enregistrés, pas plus que les enfants qui en sont issus, contribuant à un nombre élevé d’enfants sans statut civil.
Le flou sécuritaire actuel et l’arrivée de nouvelles autorités devraient ainsi transformer la gestion de ce camp, alors que les risques d’évasion restent réels.



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