Iran: six morts dans des manifestations contre la vie chère
Des commerçants et des négociants manifestent dans les rues contre la situation économique et la monnaie iranienne en difficulté à Téhéran, le 29 décembre 2025. ©Photo by HANDOUT / FARS NEWS AGENCY / AFP

Des affrontements localisés entre manifestants et forces de l’ordre ont fait six morts jeudi dans l’ouest de l’Iran, selon une agence de presse et un gouverneur. Il s’agit des premiers décès depuis le début, il y a cinq jours, d’une mobilisation contre la vie chère.

Parmi les personnes tuées figure un membre du Bassidj, une milice affiliée aux Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique.

Trente personnes accusées de «troubles à l’ordre public» ont été arrêtées à Téhéran, a indiqué jeudi soir l’agence Tasnim, alors qu’aucun incident n’avait été officiellement rapporté ces derniers jours par les autorités dans la capitale.

Le mouvement est parti dimanche de Téhéran, où des commerçants ont fermé boutique pour protester contre l’hyperinflation et le marasme économique. Il s’est ensuite étendu aux universités puis au reste du pays.

Jeudi, des heurts ont été signalés dans plusieurs villes moyennes.

À Lordegan (sud-ouest), deux personnes ont été tuées, a indiqué l’agence Fars, semblant désigner des civils.

Selon elle, «des manifestants ont commencé à jeter des pierres sur les bâtiments administratifs, dont le gouvernorat, la mosquée, la mairie et des banques», la police faisant usage de gaz lacrymogène.

L’agence a également fait état de «d’importants dégâts» et de l’arrestation de plusieurs personnes qualifiées de «meneurs».

Elle a ensuite annoncé trois morts et dix-sept blessés à Azna (ouest) «lors d’affrontements», là encore dans une référence apparente à des civils. Selon l’agence, «un groupe d’émeutiers a profité d’un rassemblement de protestation (…) pour attaquer un commissariat de police».

À Hamedan (ouest), «un groupe d’émeutiers a tenté d’incendier une mosquée (…) mais leur acte malveillant a été déjoué», a rapporté Tasnim.

Ces protestations ne sont, à ce stade, pas comparables au mouvement qui avait secoué l’Iran fin 2022, après la mort de Mahsa Amini, une jeune Iranienne arrêtée pour un voile présumé mal ajusté.

«En enfer»

Plus tôt jeudi, un membre des forces de l’ordre a été tué au cours d’affrontements à Kouhdasht (ouest), a indiqué la télévision d’État, citant le gouverneur local.

Membre du Bassidj, «il défendait l’ordre public», selon cet officiel, qui a également fait état de «jets de pierres» et de treize blessés parmi les policiers.

Le président Massoud Pezeshkian a appelé jeudi à la mobilisation de son gouvernement. «D’un point de vue islamique (…), si nous ne résolvons pas le problème des moyens de subsistance des gens, nous finirons en enfer», a-t-il déclaré dans un discours télévisé.

Mercredi, un bâtiment gouvernemental avait été attaqué à Fassa (sud), alors que la quasi-totalité du pays avait été mise en congé sur décision des autorités, qui ont invoqué le froid et des économies d’énergie.

Celles-ci n’ont officiellement établi aucun lien avec les manifestations. L’Iran entame un week-end prolongé qui s’achèvera dimanche.

Dès le début des protestations, le pouvoir a tenté de jouer l’apaisement, reconnaissant des «revendications légitimes» liées aux difficultés économiques.

Mais la justice a mis en garde contre toute intention de déstabilisation.

«Moment Tiananmen»

«Toute tentative» visant à transformer ce mouvement «en un outil d’insécurité, de destruction des biens publics ou de mise en œuvre de scénarios conçus à l’étranger sera inévitablement suivie d’une réponse (…) ferme», a averti le procureur général, Mohammad Movahedi-Azad.

En début de semaine, une vidéo montrant une personne assise au milieu d’une rue de Téhéran face à des policiers à moto est devenue virale sur les réseaux sociaux, certains y voyant le symbole d’un «moment Tiananmen».

La télévision d’État a dénoncé jeudi une mise en scène visant à «créer un symbole» et a diffusé une vidéo censée avoir été prise depuis un autre angle par la caméra embarquée d’un policier.

Assis en tailleur, le manifestant reste impassible, la tête basse, avant de se recouvrir la tête de son blouson. Derrière lui, une foule court pour s’éloigner de nuages de gaz lacrymogène.

Mercredi soir, Tasnim avait fait état de l’arrestation de sept personnes décrites comme affiliées à des «groupes hostiles à la République islamique basés aux États-Unis et en Europe».

L’agence les a accusées d’avoir pour «mission de transformer en violence les manifestations», sans fournir davantage de précisions sur les interpellations.

La monnaie nationale, le rial, a perdu depuis un an plus d’un tiers de sa valeur face au dollar, tandis qu’une hyperinflation fragilise depuis des années le pouvoir d’achat des Iraniens, dans un pays asphyxié par des sanctions internationales liées à son programme nucléaire.

Le taux d’inflation s’élevait en décembre à 52 % sur un an, selon des chiffres officiels.

 

Avec AFP

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